UN PEU DE PHILOSOPHIE ! LA NOTION D’AUTRUI DANS L’ETRE ET LE NEANT DE JEAN PAUL SARTRE

L’homme, face au problème de l’être, cherche le bonheur
L’homme est un être imparfait

INTRODUCTION

L’homme cherche sa vraie nature et son existence dans le monde où il est. Cette soif de connaissance demeure inhérente à sa vie. Et ne pas trouver créer une inquiétude. Par sa raison naturelle et ses facultés naturelles, l’homme, face au problème de l’être, cherche le bonheur, c’est-à-dire la satisfaction harmonieuse de toutes ses tendances. Et d’après l’analyse, le déroulement de l’histoire nous montre que ce bonheur qu’il cherche se pose comme un idéal, parce qu’il est un être perfectible. L’homme est un être imparfait. Il est faillible. Mais il ne s’arrête pas là, il continue à chercher. Par-là il constate qu’il ne doit pas oublier son être, il lui faut une conscience éclairée et un discernement. Il constate aussi qu’il ne vit pas seul, mais avec les autres. Il y a la présence de l’autre. Autrui existe. C’est une personne à qui je dois le respect comme le dit Kant. Le respect d’autrui et de son humanité est une obligation contenue dans la loi morale, continue-t-il. C’est un « alter ego » disait Husserl dans la phénoménologie. Autrui fige ma liberté par son regard en en faisant une image, répliquait Sartre. La loi, le règlement, l’usage viennent toujours de l’autre, dit-on.
Tout cela semble clair, mais mérite encore une analyse. Voilà pourquoi notre travail sera basé sur la notion d’autrui dans « l’être et le néant » de Jean Paul Sartre. Nous nous appliquons à étudier le chapitre premier de la troisième partie du livre de Sartre.
Des questions se posent donc ; qui est l’autrui selon Sartre ? Fait-il partie de l’être « en-soi » ou de l’être « pour-soi » ? Autrui nous pose-t-il des problèmes ? Quel est son danger ? En face de toutes ces questions nous allons repartir notre travail en trois parties. Tout d’abord, nous allons voir la notion d’autrui selon la conception sartrienne. Ensuite nous allons mettre en relief la manifestation et la valeur d’autrui. Enfin pour conclure notre travail nous ferons les réflexions personnelles qui nous paraîtront utiles.

Biographie de Jean Paul Sartre:
Avant d’entamer le corps du devoir, il est bon de connaître un peu la vie de l’auteur. Jean Paul Sartre est né à Paris en 1905 et mort en 1980. Dans son enfance, il fut éduqué dans la foi chrétienne. Sa mère est catholique et son père protestant. Malgré cela, il est devenu athée à l’âge de 11ans. En ce qui concerne sa formation intellectuelle, il fut étudiant de l’école normale supérieure en 1924 et agrégé en philosophie à l’âge de 20 ans. Après ses études, il entra dans le monde littéraire en tant qu’écrivain, professeur et journaliste. Il enseigna la philosophie à Havre et puis au Lycée Pasteur. Il fut aussi pensionnaire de l’institut français à Berlin en 1933-1934. Il s’engagera dans la presse « Les Temps Modernes » et dans la vie politique peu après.
Il est considéré comme le père de l’existentialisme en France en se ressourçant dans la phénoménologie de Husserl et de Heidegger. Il avait pris l’intentionnalité de Husserl en expliquant que la conscience est une affirmation d’un monde. Il fut aussi influencé par la conception heideggérienne du « Dasein » ou de « l’être-là », mais dans le sens que l’être humain est une forme a priori, c’est-à-dire son existence est inexplicable, il est un « être jeté au monde ». Sartre est influencé par l’athéisme de Nietzsche.
Ses œuvres sont : L’imagination (1ere œuvre, 1936) ; La nausée (1938) ; L’être et le néant (1943) ; Critique de la raison dialectique (1963) ; Les chemins de la liberté (1945-1949) ; L’existentialisme est un humanisme (1946).

I- L’AUTRUI SELON LA CONCEPTION SARTRIENNE
A – Les deux régions de l’être de Jean Paul Sartre :
1- L’être en-soi :
L’être en-soi désigne, en particulier, une réalité concrète comme l’objet du monde naturel. Un arbre par exemple ou une fleur. C’est une existence brute. Il est, il ne peut pas ne pas être et ne peut être autre que lui. Ce qui implique qu’il est identique à lui-même. Il ne peut produire aucun être et n’engage aucune relation avec le monde. Il ne commet ni acte ni mouvement. Voilà pourquoi il est isolé. Isolé aussi par ce qu’il est sans fin et n’a aucune possibilité de s’échapper de lui. En d’autres termes il est dans le monde mais il ne correspond plus avec le monde. L’en-soi est inconscient de son être même s’il existe.
L’en-soi est en pleine positivité, massive, opaque, c’est-à-dire qu’il n’y a aucune idée de vide en lui. Il est, il existe. L’explication de son existence est introuvable ou même absurde, disait Sartre. Il reste « un pur fait » et sa présence est sans fait ni raison. Il est, en effet, non seulement un phénomène mais aussi un noyau transphénomène ou transphénoménal. Par cette idée, on constate que l’en-soi constitue la plénitude de l’être, « sa facticité » même est absolue et son existence est absurde. L’en-soi se met à l’écart du monde. Jusque là on considère que le monde et ce qui est en lui sont uniques et tout être est la même.
Pour sortir de cette illusion, l’intervention du pour-soi s’avère nécessaire. Nous allons donc le voir.

2- L’être pour-soi :
Sartre nomme l’être pour-soi « conscience » ou « qui est ce qu’il n’est pas et qui n’est pas ce qu’il est » D’où sort-il donc ? L’être pour-soi trouve son origine dans la dégradation ou le bouleversement de l’en-soi par « l’événement absolu ». Autrement dit, le pour-soi n’est autre que l’en-soi en chute ou l’en-soi qui perd son état naturel. Si l’en-soi est au début un être suprême, inconnaissable, il devient connaissable grâce à l’affrontement de la conscience. C’est-à-dire que l’en–soi perd sa dignité en se transformant en pour-soi. En réalité il y a une interdépendance du pour-soi et de l’en-soi. Il y a aussi un dualisme de ce qui est « paraître » et celui qui est « apparaître », celui du postérieur et celui de l’antérieur. Le pour-soi ne trouve pas son être sans la présence de l’en-soi qui est avant. Et l’en-soi n’apparaît pas sans la compréhension du pour-soi. Ce qui nous paraît certain alors c’est que le pour-soi est contemporain de l’en-soi, seulement une distance le sépare.
En outre, le pour-soi que Sartre nomme « conscience » ou « la conduite humaine » a la possibilité de se connecter avec les choses du monde qui sont en dehors de lui et qui sont aussi capables de donner le sens des objets ou de l’être. Il est donc considéré comme être ouvert au monde. Et il ne faut pas oublier que cette ouverture au monde se manifeste envers l’en-soi ; c’est-à-dire que le pour-soi est encerclé par l’en-soi, il n’y échappe jamais et il n’est rien, il n’échappe à rien. « Le pour-soi est rien par quoi il a des choses mais lui-même n’est pas quelque chose », disait Sartre lui-même. Alors nous pouvons dire que le pour-soi n’existe pas au monde mais il est. Il est aussi un absolu mais non substantiel car son être n’a jamais été donné mais interrogé, puisqu’il est toujours séparé de lui-même et mis en question.
Jusqu’ici, on a vu les deux régions d’être de Sartre. L’être en soi qui est parfait et l’être pour-soi qui est imparfait. Mis un « en soi pour-soi » existe-il ? Comment peut-il être ? C’est ce qu’on va essayer de voir maintenant.

3- L’en-soi pour-soi :
Nous venons d’affirmer ci-dessus que l’en-soi est totalement isolé en lui-même. Ce qui signifie qu’il n’est rien devant son être. L’en-soi est l’être dont l’essence et l’existence coïncident. C’est l’être plein, parfait, massif qui n’a pas de conscience en son existence. En dehors de l’en-soi, dit Sartre, il n’y a rien sinon un reflet de ce rien. Par contre, le pour-soi est l’être conscient dont l’essence et l’existence ne coïncident pas. Il est un en-soi dégradé qui aspire à devenir soi. C’est son projet perpétuel qui n’a jamais été atteint. Et il ne sera jamais atteint car le soi est un idéal à rejoindre. Seul le pour-soi peut être déterminé dans son être par un être qu’il n’est pas.
L’en soi est pôle concret dans la plénitude et le pour-soi n’est rien d’autre que le vide où se détache l’en-soi. Le pour-soi est hors de lui dans l’en-soi puisqu’il se fait définir par ce qu’il n’est pas. Le lien premier de l’en-soi au pour-soi est donc un lien d’être. L’homme veut devenir un en-soi qui soit en même temps son propre fondement donc un en-soi pour-soi. En d’autre terme l’homme veut devenir Dieu. La passion de l’homme est en un certain sens l’inverse de la passion du Christ ; l’homme doit mourir afin que dieu vive. Mais Dieu est impossible, un en-soi pour-soi est une absurdité. Dieu est un concept contradictoire qui n’existe pas. Comment un être imparfait peut être parfait ? Parfait en tant que « en-soi » qui se caractérise par son immuabilité et son épaisseur de matière. Et imparfait en tant que « pour-soi » qui se caractérise par sa mobilité et sa liberté.
Voilà ce qui concerne les régions d’être de Jean Paul Sartre. Ces explications nous permettent donc d’aborder l’étape suivante. C’est le concept d’autrui.

B- Autrui :
D’après l’analyse faite ci dessus, on peut dire que le pour-soi n’est autre qu’autrui. Autrui est un pour-soi car il est conscience, il a une conscience. Et non seulement il a ou il est conscience, mais il est aussi liberté. C’est-à-dire qu’il est en pleine liberté grâce à cette conscience qu’il a et qu’il est. Dès qu’on parle alors d’autrui il est question de liberté et de conscience. Quel est donc le problème ?
1- Le problème :
On sait que la réalité humaine est un pour-soi. Il est celui qui s’interroge sur soi. Il est un être tel que dans son être soit question de son être. C’est cette structure ontologique qu’indique la conscience. Mais il y a des modes de conscience qui indiquent un type de structure ontologique radicalement différente. Cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas la nôtre, elle l’est toujours. Cette structure ontologique, dit Sartre, est « mienne », c’est-à-dire mon sujet. Elle est mienne et c’est moi qui se soucie d’elle en tant qu’elle est un sujet pour moi. Mais avant tout et sans être sorti de nôtre attitude réflexive, il faut le découvrir. Le problème donc c’est de découvrir une structure ontologique qui est « mienne », un être qui est mon être sans être pour moi.
Sartre a pris la honte comme exemple. La honte n’est honte que devant une personne, au sens contraire elle est fausse. Voilà sa structure première. Elle est accessible à la réflexion, mais non pas réflexive. La honte est appréhension honteuse de quelque chose et ce quelque chose est moi. J’ai honte de ce que je suis. Elle réalise une relation intime de moi avec moi. La honte est par nature reconnaissance. Je reconnais que je suis comme autrui me voit. A ce moment là, autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même. J’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui. J’ai besoin d’autrui pour saisir pleinement toutes les structures de mon être. Le pour-soi renvoie au pour autrui.
On a vu que découvrir une structure ontologique qui est « mienne » se pose comme un problème si on est devant autrui. Que peut-on faire alors ? Est-ce qu’on peut se retirer et s’éloigner de l’autre ou se mettre avec lui ? Si on est forcé de choisir l’une ou l’autre solution, quel serait le danger ? C’est ce danger qu’on va voir maintenant.

2- L’écueil du Solipsisme :
Face à ce problème, Sartre dit qu’il y a un danger à courir. C’est le danger du solipsisme. Il ne parle ici que de la philosophie fondée sur l’intuition, comme le réalisme et l’idéalisme. Car dans une philosophie fondée sur l’intuition, il n’y a aucune intuition de l’âme d’autrui.

Le réaliste :
Pour le réaliste l’âme d’autrui ne se donne pas en personne à la mienne ; elle est une absence, une signification, le corps l’indique sans la livrer. Cela signifie que le réalisme ne fait aucune place à l’intuition d’autrui. Ce n’est pas le corps d’autrui qui est présent à l’intuition réaliste mais un corps. Un corps qui est plus facile à connaître que l’âme d’autrui. Autrui c’est celui qui n’est pas moi et que je ne suis pas. En plus le réaliste croit saisir autrui à travers son corps et estime qu’il est séparé d’autrui comme un corps d’un autre corps. Dans ce cas, le corps qu’il perçoit est un corps extérieur à mon corps qui est unifié et séparé par une relation spatiale.
Voilà donc les idées du réaliste. Comment est celle de l’idéaliste ?

L’idéaliste :
Peu à peu, nous constituons autrui comme un objet concret, dit l’idéaliste. Cela veut dire qu’il n’est jamais donné à nous. Ce sont les événements de mon expérience qui servent à constituer autrui en tant qu’autrui. Il n’est donc pas l’instrument qui sert à prévoir un événement de mon expérience. En d’autre terme, autrui n’est pas seulement celui que je vois, mais celui qui me voit. Par contre il se présente comme une négation radicale de mon expérience, puisqu’il est celui pour qui je suis non sujet mais objet. Ainsi dans la perspective idéaliste l’autre ne peut être considéré ni comme concept constitutif ni comme concept régulateur de ma connaissance. Il est conçu comme réel. Je le construis comme objet, je le pose comme sujet et pourtant je le considère objet de mes pensées. Deux solutions se présentent donc aux idéalistes ; se débarrasser entièrement du concept de l’autre ou bien affirmer son existence réelle. La première solution est connue sous le nom de solipsisme.
L’idéaliste donne une place à autrui en le concevant comme réel. Tandis que le réaliste ne lui fait aucune place. Face à ces deux tendances philosophiques, Sartre apporte ses idées. On va les voir tout de suite.

Vision de Sartre :
Autrui, c’est l’autre, c’est moi qui ne suis pas moi. C’est cela la négation comme structure constitutive de l’être autrui que l’idéalisme et le réalisme appellent négation d’extériorité. Autrui c’est celui qui n’est moi et que je ne suis pas. L’idéalisme réduit mon corps et le corps d’autrui à des systèmes objectifs de représentation. Mon corps, dit Schopenhauer, n’est rien d’autre que « l’objet immédiat ». On ne supprime pas pour cela la distance absolue entre les consciences. En plus l’idéaliste a recourt à un « troisième homme » pour faire apparaître cette négation d’extériorité. Ce « troisième homme » se pose comme un témoin car toute relation externe requiert un témoin pour la poser.
Il faut que ce témoin soit à la fois ici sur moi comme négation interne de moi-même et là-bas sur autrui comme sa négation interne, sinon il ne nous connaîtrait que par des images. Ce témoin ne pourra être autre que Dieu qui à la fois est et n’est pas moi-même et autrui en tant que créateur. « Il convient que Dieu soit moi-même pour saisir ma réalité sans intermédiaire et qu’il ne soit pas moi pour garder son impartialité de témoin et pour pouvoir là-bas être et n’être pas autrui ». Il faut donc recourir à Dieu ou tomber dans un probabilisme qui laisse la porte ouverte au solipsisme. Celui qui refuse d’avoir recourt à Dieu arrive au danger du solipsisme.
Voilà donc ce qui concerne les idées d’une philosophie fondée sur l’intuition, comme le réalisme et l’idéalisme. Et on a vu que se débarrasser entièrement du concept de l’autre amène au solipsisme. On va voir maintenant les idées de quelques philosophes que Sartre, en tant qu’existentialiste, connaît bien.

3- Husserl, Hegel, Heidegger :
Considéré comme le père de l’existentialisme en France, Sartre avait pris sa source dans la phénoménologie de Husserl et Heidegger. Il connaît bien alors ces deux philosophes. De même pour Hegel, qu’il essaie de critiquer un peu. Quelques-unes unes de ses idées fondamentales proviennent de Hegel.
3.1- Husserl :
Husserl croit parvenir réfuter le solipsisme en montrant que le recourt à autrui est la condition indispensable de la constitution d’un monde. Un monde qui se révèle à la conscience. Autrui n’est pas seulement présent mais est une condition permanente de son unité et de sa richesse. Il est toujours là comme une couche de signification constitutive qui appartient à l’objet que je considère. Autrui apparaît comme nécessaire à la constitution du moi qui est contemporain du monde. Autrui n’est jamais un personnage empirique qui se rencontre dans mon expérience ; c’est le sujet transcendantal auquel cette personne renvoie par nature.
Si on admet que la connaissance en général mesure l’être, l’être d’autrui se mesure dans sa réalité par la connaissance qu’autrui prend de lui-même, non par celle que j’en prends. Et ce qui est à atteindre par moi c’est autrui en tant qu’il prend connaissance de soi. Il y a donc une distinction de principe entre autrui et moi-même. Chacun de nous existe en intériorité et une connaissance valable de l’intériorité ne peut se faire qu’en intériorité. « Autrui, tel qu’il se découvre à notre expérience concrète est une absence. » Husserl répond au solipsisme en disant que l’existence d’autrui est aussi sûre que celle du monde. La seule liaison que Husserl a établie entre mon être et celui d’autrui est celle de la connaissance. Il ne saurait donc échapper au solipsisme.
On a vu que Husserl, en tant que phénoménologue, affirme l’existence au monde d’autrui. Répondant au solipsisme, il dit que l’existence d’autrui est aussi sûre que celle du monde. Quelles sont alors les idées de Hegel ?

3.2- Hegel :
Le moment abstrait de l’identité avec soi est donné dans la connaissance de l’autre. L’autre apparaît d’abord comme inessentiel et comme «conscience immergée dans l’être de la vie ». Cela veut dire que chacun est absolument pour soi et individuel en tant qu’opposé à l’autre. Ce qui est essentiel à autrui en tant qu’autrui c’est l’objectivité et non la vie. Le fait d’être objet pour une conscience modifie radicalement la conscience non dans ce qu’elle est pour soi mais dans son apparition à autrui. Le pour soi est inconnaissable par autrui comme pour soi. L’autre est objet et je me saisis comme objet en l’autre. L’objectivité réclame une négation explicite. Etre objet c’est « n’être pas moi ». L’existence de l’autre est nécessaire pour que je sois objet pour moi.
Sartre dit que l’optimisme de Hegel aboutit à un échec, car l’une de ces affirmations détruit l’autre. Entre l’objet autrui et moi sujet il n’y a aucune commune mesure, pas plus qu’entre la conscience de soi et la conscience de l’autre. Je ne puis pas me connaître en autrui si autrui est d’abord objet pour moi. Je ne peu pas saisir autrui dans son être vrai, c’est-à-dire dans son objectivité. On peut montrer que l’existence d’autrui est pour nous évidente et certaine. Et cela veut dire qu’on peut réfuter le solipsisme. Mais si on doit réfuter le solipsisme on doit parler d’une relation d’être à être. Mon rapport à autrui est d’abord et fondamentalement une relation d’être à être, non de connaissance à connaissance.
Voilà en ce qui concerne les idées de Hegel. Maintenant on va voir celles de Heidegger.

3.3- Heidegger :
La réalité humaine Heideggérienne « existe hors de soi ». Et dans la doctrine de Heidegger cette existence hors de soi est la définition du « soi ». La relation des « réalités humaines » doit être une relation d’être. Cette relation doit faire dépendre les « réalités humaines » les unes des autres, en leur être essentiel. Ce qui caractérise la réalité humaine c’est « l’être dans le monde ». Le monde c’est ce par quoi la réalité humaine se fait annoncer ce qu’elle est. L’être c’est « l’être avec autrui ». Je saisis l’être avec autrui comme un caractère essentiel de mon être. Je découvre la relation transcendante à autrui comme constituant mon être propre. Autrui n’est donc plus telle existence particulière que je rencontre dans le monde. Il est le terme ex-statique qui contribue à la construction de mon être.
Etre pour Heidegger, c’est être ses propres possibilités, c’est se faire être. C’est un mode d’être que je me fais être. Mais aussi, je suis responsable de mon être pour autrui en tant que je le réalise librement dans l’authenticité ou l’inauthenticité, c’est à dire dans le deux modes d’existence. Je suis l’être par qui « il y a de l’être ». Mais si on dit que je suis l’être par qui il y a des autres en général, on retombe dans le solipsisme. L’existence d’autrui a la nature d’un fait contingent et irréductible. On ne constitue pas autrui, on le rencontre. La nécessité d’une existence d’autrui doit être, si elle existe, une nécessité contingente.
L’échec de Hegel nous a montré que le seul départ possible est le cogito cartésien. Le cogito de l’existence d’autrui se confond avec mon propre cogito. Sartre dit qu’il faut que le cogito, examiné une fois de plus, me jette hors de lui sur autrui, comme il m’a jeté hors de lui sur l’En-soi. Qui dit objet dit probable. Si autrui est objet pour moi il me renvoie à la probabilité. Mais autrui ne peut être probable, il ne saurait être d’abord objet car il n’est ni un système de représentation, ni une unité nécessaire de nos représentations. Autrui doit apparaître au cogito comme n’étant pas moi. Cette négation peut se concevoir de deux façons : ou bien elle est une pure négation externe ou bien elle sera négation interne. En tant que négation externe elle séparera autrui de moi-même comme une substance d’une autre substance. Négation interne signifie liaison synthétique et active des deux termes dont chacun se constitue en se niant de l’autre.
Jusqu’ici, nous n’avons fait qu’une analyse des idées des certaines tendances philosophiques et de quelques philosophes, à propos d’autrui. Avant d’entamer l’analyse de sa manifestation et de sa valeur, nous allons parler du regard.

4- Le regard :
En un sens général, le regard est un acte de l’œil, une expression des yeux de quelqu’un. C’est un acte de porter volontairement et attentivement les yeux sur quelque chose. Au sens intellectuel il est un point de vue particulier sur le monde. C’est un aussi une manière d’observer et d’examiner. Pour Sartre, le regard est « omni voyance », c’est-à-dire une qualité fondamentale de la toute puissance divine. L’œil pour lui n’est qu’un simple support du regard. Il est d’abord intermédiaire qui renvoie de moi à moi-même. C’est une pure présentation. Le regard est sur moi sans distance, qui veut dire une présence aux yeux sans distance. Il est un fruit de l’œil qui se présente sous forme de projection ; communication d’une chose à moi. Il est une réalité essentielle, existentielle et inhérente à notre être. Sartre nous révèle le rôle du regard en disant qu’il nous a mis sur la trace de notre être pour autrui. Il nous a révélé l’existence indubitable de cet autrui pour qui nous sommes.
Analyse du regard :
Pour Sartre, on regarde et on est regardé. Il y a là une réciprocité du regard. Lorsqu’on regarde une personne, on lui donne une existence. Dans le regard d’autrui on est déformé, on se voit très mal car on est tout petit et restreint. Le sommet du regard selon Sartre est donc l’objectivation d’autrui. « Autrui est encore objet pour moi ». Quand on regarde une personne ou autrui, on l’objective ou la place au même rang que l’objet. C’est un mode de surgissement aliéné. « Ce moi que je suis, je le suis dans un monde qu’autrui m’a aliéné ». L’autre qui me regarde me néantise et me chosifie. Sur cela on peut dire que le regard d’autrui ne prend sa valeur que dans la chosification.
Sartre, même s’il est athée, dit que le regard de Dieu n’est pas égal au regard de l’homme. Dieu est le centre de l’objectivation. Si Dieu regarde l’homme, il regarde non seulement les actes accomplis mais aussi son intériorité. Sartre dit que devant le regard de Dieu on est nu comme un vers, complètement nu jusqu’à l’os. « La liberté de l’homme est impossible si le regard de Dieu est encore là ». Il dit aussi que sous le regard d’autrui la liberté ne fonctionne plus. C’est le danger le plus terrible. Autrui est le danger de la vie d’où « l’enfer c’est les autres ». Le regard sartrien est donc un regard aboutissant à la liberté de l’homme.
II- MANIFESTATION ET VALEUR DE L’AUTRE :
A – Manifestation d’autrui :
1- Le rapport du pour-soi avec autrui :
On a déjà vu qu’autrui ne peut agir sur mon être. Mais par son être, il peut apparaître comme objet à ma conscience. C’est la seule façon pour lui de se révéler à moi. On a vu aussi que le pour-soi ne trouve pas son être sans la présence de l’en-soi qui est avant. Et l’en-soi n’apparaît pas sans la compréhension du pour-soi. Le pour-soi est donc contemporain de l’en-soi, seulement une distance les sépare. Pour l’homme, ce qui est essentiel est la relation avec autrui. Point n’est besoin de prouver l’existence d’autrui. Elle nous est donnée immédiatement dans le phénomène de la honte. Cependant, pour le pour-soi, l’autre apparaît d’abord comme un regard. S’il n’y a personne d’autre dans notre champ de visuel, nous organisons toutes choses autour de nous-mêmes comme centre. A ce temps là, elles sont nos objets. Mais si un autre surgit dans ce champ et regarde, cela provoque un trouble. Il essaie d’attirer non seulement nos objets choses mais aussi nous-même dans son champ visuel. Il fait de nous alors un objet dans son monde.
Par conséquent, il ne peut y avoir qu’un rapport fondamental entre autrui et le pour-soi. Chacun d’eux cherche à objectiver l’autre. Le pour-soi veut dominer l’autre en tant que liberté. Il veut le posséder à la fois comme objet et comme liberté. Dans la vie sexuelle normale et pathologique, Sartre cherche à montrer qu’il s’agit toujours d’une telle possession de la liberté d’autrui. « Nous ne désirons pas le corps de l’autre et encore moins notre propre plaisir, mais l’autre lui-même. » Autrui désigne un autre pour-soi de même existence que moi. Mais il est autre que moi en tant qu’être extérieur à moi. Son être ne dépend pas de moi. Dans ce cas, il est conscience. Le pour soi est donc conscience de quelque chose qui existe dans le monde.
D’autre part, autrui est une conscience. Il est aussi conscience de quelque chose. Comme il est conscience, il a sa façon de présenter son monde selon son projet, son besoin et son choix. Autrui en me voyant me fait entrer dans son monde. Sur cela, je suis également un élément constitutif de son monde dont il est le propriétaire. Le pour soi est engagé par autrui. Le pour soi est un instrument pour autrui. La relation entre le pour soi et autrui existe au sujet du monde. Le pour soi est donc engagé et instrument pour autrui.
2- Le rapport de moi-même avec autrui :
On a déjà vu que la seule façon pour autrui de se révéler à moi est d’apparaître comme objet à ma conscience. Cette apparition fige ma liberté, dit Sartre. Dès qu’autrui apparaît dans ma conscience, dans mon être, je suis et je me sens responsable de lui. Et sans avoir à prendre de responsabilité à son égard, sa responsabilité m’incombe. Autrui est responsable de mon être comme je suis responsable de lui. Car « il n’est pas simplement proche de moi dans l’espace ou proche comme un parent, mais s’approche essentiellement de moi en tant que je me sens, en tant que je suis responsable de lui. » Je suis responsable d’autrui sans atteindre la « réciproque ». On entend par réciproque l’affaire de l’autre, son affaire. On peut donc dire que sans aucun fait ou sans aucune chose je suis toujours responsable d’autrui. Cela ne vient pas de la fraternité ou de la familiarité.
Autrui n’est pas mon fait et il ne me regarde pas. S’il me regarde, il me remet en cause. C’est-à-dire que ses yeux me demandent si je vais le respecter ou le traiter comme une chose. Quand je le regarde, tout d’abord il devient pour moi « autrui-objet », c’est-à-dire l’être regardé. Quant à moi qui le regarde ou l’être qui regarde, je deviens « autrui-sujet. » Mais en même temps il peut me regarder aussi. A ce temps là il devient un être regardé qui regarde. Autrui par rapport à moi-même est donc un être à la fois « sujet » et « objet ». Le rapport de moi-même avec autrui est un rapport de « sujet objet ».

3- Mon être pour autrui :
D’abord le pour-soi secrète une figure de lui-même dont il ne prend pas conscience. On n’est pas vulgaire tout seul, dit Sartre. On n’est pas honteux que devant personne. Le pour-soi est pour autrui. Je suis sans l’être et autrui se révèle le médiateur d’une certaine dimension de moi-même, voir d’un certain rapport de soi à soi. Pour Sartre, autrui se découvre d’abord par la résistance et le trouble qui s’installe dans le déroulement de mes projets. L’aperception de l’autre est constitutive du conflit. Je suis « sujet » face à un objet ou objet face à un sujet. A tout moment un regard peut m’épingler comme à tout moment je puis épingler un regard. Le regard ne saurait donc être, ni complexe, ni provocant, ni naïf ; il fige. Toutes les interventions de la conscience du regard ont pour effet de compliquer les problèmes propres aux relations inter humaines, tant dans l’ordre privé que dans l’ordre social et politique.
Le regard de l’autre se fixe sur moi. Il fait surgir de moi sans que je puisse jamais ni pleinement le reconnaître ni pleinement le renier. Sartre en fait la démonstration par l’analyse de l’amour. Susciter l’amour de l’autre, c’est tendre à faire qu’autrui me voie tel que je me vois et ainsi, récupérer mon propre être pour autrui et surmonter l’aliénation qu’il m’impose. Mais « l’amour est une duperie. » Si je subjugue autrui au point de lui ôter la liberté, ce n’est pas un sujet qui me reconnaît et je n’ai rien à récupérer du tout. Si au contraire il reste libre de me voir par ses propres yeux, il n’y a nulle certitude que sa vision coïncide avec celle que je me donne moi-même.
C’est moi-même qui suis responsable de mon être pour autrui. Et dans la mesure ou je me dévoile à moi-même comme responsable de mon être, je revendique l’être que je suis. Cela veut dire que je suis projet de récupération de mon être. Et puisque autrui me regarde, je suis son « possédé ». Autrui me possède car son regard façonne mon corps. Il le fait naître, le produit comme il est et le voit comme je ne le verrai jamais. L’être que je vois en moi n’est pas le même à celui qu’autrui voit. Autrui fonde mon être sans être responsable. C’est moi seul qui suis responsable de mon être. Mon être pour autrui est donc fondé par autrui en toute liberté.

B – Valeur d’autrui :
On vient de voir la manifestation d’autrui. Et on a vu qu’il se manifeste de plusieurs façons. Maintenant on va voir la place qu’il occupe et sa nécessité.
1-La place d’autrui :
L’homme est condamné à être libre. Condamné par ce qu’il ne se crée pas lui –même et est cependant libre. Une fois qu’il est jeté dans le monde il est responsable de tout ce qu’il fait. C’est pour cela que Sartre a dit que la liberté est un poids terrible. Elle est toujours avec nous, que nous l’aimions ou ne l’aimions pas. Elle nous donne des valeurs. La liberté nous pousse à devenir quelque chose, à être autre chose que des pantins. La liberté pousse l’homme à exister véritablement de manière authentique. Et exister c’est créer sa propre existence. « La liberté c’est le pouvoir de choisir, d’agir ou de ne pas agir. » Ce pouvoir de choisir donne à l’homme la responsabilité. Et il ne peut pas la rejeter en tant que fruit de ses propres choix et de ses actes sur autrui ou sur autre chose. En plus, dans ce qui l’entoure, l’homme donne son propre sens au choix qui l’intéresse. Sa propre existence conditionne sa façon de percevoir ce qui l’entoure.
L’homme ne peut se référer à une quelconque éternité. C’est nous-mêmes qui créons ce que nous sommes. Et cette existence que nous créons nous-mêmes ne peut être attribuée qu’aux autres. « Il est de l’essence de l’autre d’exister », dit Gabriel Marcel. Voilà la valeur d’autrui. Il occupe donc une place très importante. Tout chose a un prix, mais autrui a une dignité qui l’élève au-dessus de tout calcul, dit Kant dans le « Fondement de métaphysique des mœurs ». « Autrui n’est pas une société mais un « Toi », un prochain avec qui je dois cesser de me prononcer comme « moi – je », avec qui je dois chercher à abolir la traditionnelle relation maître-esclave dont parlait Hegel et que Marx et Nietzsche ont rendu si célèbre. Dans le « Toi », ma liberté collabore avec la liberté de l’autre. » Donc, autrui doit être immédiatement présent à moi et son existence doit être aussi sûre que la mienne.

2- La nécessité d’autrui :

Autrui est là quand j’ai besoin de lui, il me regarde et m’écoute.

Psychologiquement, on a besoin de vivre avec les autres, d’aimer et d’être aimé, de s’affirmer, d’être soi-même, de se réaliser et de réussir dans la vie. Quelques fois, quand il y a des problèmes, des malaises ou des forts ennuis, on désire revenir aux jours heureux. Si c’est avec un autre qu’on ne se sent pas à l’aise, on désire revenir au précédant. A celle avec qui on était bien à l’aise et heureux. Une jeune femme mariée qui ne se sent pas heureuse, par exemple, désire fortement revenir à la personne à qui elle a donné le premier son vrai amour. On ne peut pas dire à ce temps-là qu’elle n’aime pas son mari ou ses enfants s’il y en a, mais elle veut revenir tout simplement.
Même chose pour nous tous. On désire parler avec autrui, lui partager les expériences personnelles. Voilà la nécessité d’autrui. Autrui est pour moi nécessaire et je ne peu pas vivre hors de lui. Il est là quand j’ai besoin de lui, il me regarde et m’écoute. Cela me suffit ! Avoir conscience de sa présence me suffit, me console quand j’ai des ennuis ou même des problèmes. Il est vrai que la crainte de l’ennui à venir rend le temps plus rapide. Mais il sera plus rapide encore si autrui est là devant moi ou dans ma conscience. Autrui est donc pour moi nécessaire.

III- REFLEXION PERSONNELLE :
A- Approche historique :
L’existentialisme doit expliquer l’existence de l’homme. Sans exagérer, on peut dire que l’histoire de la pensée philosophique n’a encore jamais vu apparaître une forme plus extrême du réalisme. On peut dire aussi que l’œuvre d’un auteur a une liaison avec sa vie. C’est avec ce qu’il a vécu ou ce qu’il a expérimenté que l’auteur essaie de nous transmettre ses idées. Il faut donc connaître la vie d’un auteur, qui se pose comme critère nécessaire, pour comprendre son message.
D’après sa biographie, Sartre a perdu son père à l’age de 10 ans. Psychologiquement cela a été dur pour lui. C’est une coupure brusque. Et après, il doit s’adapter à son beau-père car sa mère s’est remariée. C’est le premier grand problème que Sartre a vécu pendant son enfance. A son âge l’enfant a surtout besoin d’un meilleur climat familial ; d’une mère et d’un père biologique qui le soutient moralement, intellectuellement, affectivement et corporellement. On peut donc dire qu’il y a pour Sartre une lacune concernant la formation au niveau familial. Cette blessure enfantine aura des conséquences.
En outre, on sait que Sartre ayant subi une souffrance interne comme tout les orphelins, avait un autre problème. Il avait la jalousie de son beau-père devant l’amour de sa mère. Par rapport à son beau-père il se sent écarté de sa maman. Il se sent aussi responsable de tout ce qui ne va pas à la maison. Il semble que Sartre ne trouve pas de bonheur dans son enfance. Pur lui, c’est la tristesse qui règne, même dans son foyer. Sans avoir trouvé une résolution pour ce problème, il s’enferme en lui-même. Il ne partage pas son angoisse, sa peur, son inquiétude et ses soucis. Tout cela il le garde en secret. Il essaie de lutter tout seul. Voilà pourquoi le « je » est accentué dans l’œuvre de Sartre. Un « je » strictement individuel.
Les autres philosophes contemporains ou les autres grands penseurs disent, qu’il y a chez Sartre une tendance égotique, c’est-à-dire une philosophie centrée sur le «je ». Le « moi » est le centre de tout. Le tout c’est moi, il n’y a que le moi. Et les autres sont des moyens dont je me sers pour améliorer ma vie, pour la conduire à la perfection. De même, le concept d’autrui n’arrive pas tout seul mais il est à l’origine ou la cause de son histoire.
Sartre ne connaît pas l’expérience de l’amour car il s’isole, il ne pense qu’à lui si on peut dire. Il était obligé de rassurer sa vie par lui-même. Il se débrouillait tout seul devant ses problèmes et son avenir. C’est ainsi qu’il découvre l’expérience de la peur, de l’angoisse et de l’absurdité du monde et de l’homme. Pour lui tout est absurde, il n’y a pas de chose sûre dans cette vie.
1- Approche négative :
On a vu que Sartre a subi une grande difficulté pendant son enfance. Et cela a influencé sa vie et son œuvre. Il y a aussi autre chose qu’il a supporté depuis son enfance et jusqu’à la fin de sa vie peut être. Quelle est cette chose ? Si on pose d’abord la question comme suit : Sartre a beaucoup parlé du regard, pourquoi ? Par ce que le regard a trop d’importance dans notre vie répondit-on. Le regard parle, ordonne, interdit, manifeste le deuil ou la douleur ou même la joie. Il introduit une image dans la pensée en tant que langage. Par suite, on dit qu’il ne s’arrête pas au niveau de l’œil. L’œil n’est qu’un support du regard. Et le regard est un fruit de l’œil qui se présente sous forme de projection ; Communication d’une chose à moi. Il ne faut pas oublier non plus que le regard est, avant tout, un acte de l’œil, une expression des yeux. Tout se passe par l’œil.
L’œil est un miroir de l’être ou miroir de l’intérieur. On le voit donc extérieurement. Quand on est en présence d’une personne, on se regarde face à face. On se regarde par les yeux. Et tout de suite, on peut remarquer si quelque chose ne va pas ; extérieurement ou intérieurement. C’est le cas de Jean Paul Sartre. Il se sent victime de ce que les autres voient en lui. C’est le fait de son anormalité visuelle ; le strabisme . Sartre a expérimenté toutes les choses qu’il dit sur le regard. Devant le regard d’autrui on est déformé, on se voit très mal car on est trop petit et restreint, dit-il. Il est donc lui-même conscient de son infirmité ou de son défaut. Et qui sait s’il était victime de taquinerie faite par les élèves de son école pendant son enfance. Par suite il a dit que l’enfer c’est les autres. Il a senti que devant autrui sa liberté ne fonctionne plus. Voilà pourquoi il se ferme sur lui-même.
2- Approche positive :
On a vu que Sartre a un défaut de son organe visuel, c’est le strabisme. Mais ce que nous considérons comme un défaut physique peut être une exception sans importance. Par exemple, la façon dont on rejette le gaucher comme moi. Certes, je suis désavantagé car beaucoup d’objets sont prévus pour être utilisés par des droitiers. Et si je l’utilise, il est pour moi difficile. Sur cela je me sens un peu isolé et je souffre toujours d’une sorte de rejet. Mais il existe beaucoup d’autres choses sur lesquelles nous n’avons pas besoin d’être gaucher ou droitier. Sur l’éducation par exemple ; lire, parler, dialoguer, mémoriser, écouter, … En plus, l’intelligence ne dépend pas de la gaucherie ou de la droiterie. Il se définit, au premier chef, par le pouvoir d’attention. Les penseurs arrivent à dire que tous les hommes sont presque d’intelligence égale, mais ce qui les différencie s’est leur pouvoir d’attention.
Les défauts physiques ne peuvent qu’influencer les rapports avec les autres. Un défaut physique peut cependant provoquer un défi. Un sentiment d’infériorité, par exemple, peut être compensé par des performances remarquables. La plupart des infirmes font des travails manuels remarquables ; Cordonnier, architecte, musicien, etc. C’est la même chose que Sartre a fait. Il ne s’agit pas pour lui du travail manuel mais du travail intellectuel. Ce défaut au niveau de l’œil l’a poussé à réfléchir et à parler du regard. Il arrive à dire que le regard ne s’arrête pas au niveau de l’œil. Il est « Omni voyance », c’est à dire qualité fondamentale de la toute puissance divine. Cela l’a poussé aussi à parler d’autrui. C’est autrui qui le regarde et qui le voit comme un « être », autre que l’être qu’il voit lui-même. Autrui devient donc une sorte de stimulation qui le pousse à réfléchir.
Nous venons de faire une approche historique de la vie de Sartre. On a constaté que Sartre a vécu dans une totale liberté malgré ses problèmes personnels. C’est-à-dire que personne ne lui a imposé de faire telle ou telle chose. Il était maître de lui-même. Il agit selon sa propre raison. Mais il n’est pas le seul à être libre. Il y a aussi la liberté de l’autre. C’est ce que nous allons voir maintenant.

B- La liberté de l’autre :
La liberté sartrienne :
Rappelons que la conscience, le pour soi et la réalité humaine sont la même chose. Lorsque le pour soi agit, il révèle son être et se met en action. Mais cette action ne se manifeste pas sans la volonté de celui qui veut produire l’acte ou sans une prise de conscience. En plus il existe plusieurs actions possibles. En conséquence, le pour soi devrait choisir celle ou celles qu’il convient. A ce moment là, il manifeste sa liberté. Il est libre. Pour Sartre, la condition première de l’action pour un être agissant est qu’elle soit faite volontairement et consciemment. La liberté n’existe que pour celui qui est libre. Elle est un choix individuel devant toutes les possibilités existantes. En somme, la liberté est définie par le choix personnel et volontaire de ce qu’on fait.
La théorie de la liberté de Sartre est un peu différente de celles des autres philosophes. Selon lui, « la liberté est la source de la valeur », elle est le fondement des fondements. Tout homme est libre. L’homme est condamné à être libre, à choisir sans raison et avant toute raison, à décider arbitrairement de sa vie. Sur cela on voit que la liberté est un pouvoir d’agir et non de penser. Chaque individu a des possibilités d’action. Il choisit entre plusieurs motifs ce qui lui convient. Car il faut plusieurs motifs pour qu’il y ait choix.
En niant l’en soi qui est acte volontaire, le pour soi apparaît. Son apparition est déjà liberté, dans le sens qu’à ce moment il apparaît de lui-même. Sa liberté est la possibilité de se dépasser lui-même et de dépasser l’en soi du monde. On peut dire alors que la liberté va ensemble avec le pour soi. Elle fait partie intégrante de l’être du pour soi. La liberté est l’étoffe de l’être, dit Sartre. Elle fait être. Et puisque c’est elle qui fait être, elle n’est jamais rien. Elle est toujours quelque chose. Ce qui fait qu’à chaque instant elle doit se prononcer. La liberté est donc continuelle. Elle ne cesse jamais.

La liberté d’autrui:
On a vu que tout le monde est libre. La liberté est un pouvoir d’agir et non seulement de penser. Elle est un choix individuel. Et pour qu’il y ait choix, il faut plusieurs motifs, plusieurs possibilités d’actions. Autrui est donc libre. C’est son droit. Il a le droit d’être libre et moi en tant que responsable de lui, je dois le respecter. C’est mon devoir de respecter la liberté d’autrui à tous les niveaux, du plus bas au plus haut. Au niveau le plus bas et proprement biologique, autrui est libre s’il a la santé parfaite. L’homme malade se sent asservi à son corps ; il n’est pas libre de faire ce qu’il veut. Mon devoir est d’aider autrui à maintenir sa santé et d’éloigner tout ce qui lui est contraire.
Au stade plus élevé, la liberté d’autrui s’identifie avec la spontanéité de ses tendances. Selon l’épicurisme, l’homme est libre quand il peut réaliser ces désirs. C’est mon devoir de respecter cette liberté de l’autre, sans oublier que la liberté ne saurait consister à se laisser aller à ses tendances. Car nous n’avons pas conscience d’être libre quand nous succombons aux passions. Au niveau de la conscience, la liberté d’autrui se définit par la possibilité de choisir. Et comme on a déjà vu, il faut plusieurs motifs ou plusieurs possibilité d’action pour qu’il y ait choix. C’est à moi donc de la laisser choisir et agir. La liberté d’autrui se prouve en se réalisant. L’autre réalise sa personnalité à travers les éléments du monde au lieu de les subir du dehors comme un destin aveugle. On s’aperçoit alors que la liberté d’autrui ne consiste pas dans ce qu’il fait mais dans la manière dont il le fait.
Jusqu’ici on n’a parlé que du problème philosophique. Que peut-on dire sur le problème social, car l’homme ne vit pas seulement avec autrui mais dans une société ? Une seule personne ne nous suffit pas, nous avons toujours besoin d’une société, de vivre avec les autres. Comme Robinson Crusoé dans son île ! « Vendredi » ne lui suffit plus. Il cherche donc à quitter son île. Voilà pourquoi il l’a abandonnée dès qu’une occasion s’est présentée. Pour qu’il y ait société, il faut un minimum de loi. Et la loi vient de l’autre. Il est donc de mon devoir de respecter cette initiative de l’autre. C’est mon devoir de le laisser travailler et construire de l’économie. Autrui ne peut avoir le sentiment d’être libre s’il se trouve dans la misère. De même, les populations misérables ne peuvent avoir la conscience d’être libres. Ainsi, mon devoir est de conserver la valeur morale de l’autre.
Autrui est libre ! Etre libre est un bien, comme le dit Fichte. C’est mon devoir de respecter le bien de l’autre. Le respect des biens d’autrui est inscrit dans la loi divine. Le septième commandement, par exemple, interdit le vol. C’est-à-dire l’usurpation du bien d’autrui contre la volonté raisonnable du propriétaire. Pour respecter la liberté de l’autre il faut donc avoir une nouvelle façon de jugement. Il faut s’élever au-dessus de notre pré-jugement et ordonner notre jugement. Selon Leibniz, la liberté consiste à se déterminer soi-même. « Etre libre, ce n’est pas seulement se poser soi-même, répliquait Heidegger, c’est encore s’exposer à l’autre » Celui qui est capable de s’ouvrir à l’autre et de se donner à lui manifeste ainsi une plus grande liberté que celui qui est jalousement replié sur son autonomie.

CONCLUSION

Pour conclure ce devoir, il est important de rappeler que nous avons travaillé sur la notion d’autrui dans « L’être et le néant » de Jean Paul Sartre. Et nous avons travaillé spécialement sur le chapitre premier de la troisième partie du livre. Dans la première partie de notre travail, après avoir rappelé brièvement la biographie de Sartre, nous avons essayé de faire ressortir la notion de l’être. Nous avons découvert les régions d’être selon la conception sartrienne. L’en soi qui est l’être parfait. Le pour soi qui est l’être imparfait. Et l’en-soi pour-soi qui, selon Sartre, n’existe pas car c’est un concept contradictoire. Après cela nous sommes restés sur l’analyse de l’autrui en particulier. Et nous sommes surtout restés sur l’étude de Sartre qui dit que face aux autres il existe un problème, un danger. C’est le danger de Solipsisme. Nous avons examiné les idées de trois philosophes concernant ce danger ; Husserl, Heidegger et Hegel.
Dans la seconde partie, nous avons parlé de la manifestation et de la valeur d’autrui. Dans un premier temps, nous avons fait une analyse de la manifestation d’autrui. Nous avons réfléchi au rapport du pour soi avec l’autrui. Le pour soi est engagé et instrument pour l’autrui. Le rapport de moi-même avec autrui qui est un rapport de « sujet objet ». Et enfin nous avons parlé de mon être pour autrui. Sur quoi on a trouvé que mon être pour autrui est fondé par autrui en toute liberté. Dans un second temps nous avons parlé de la valeur d’autrui, surtout de sa nécessité et la place qu’il occupe. Autrui est pour moi nécessaire et je ne peux pas vivre hors de lui. Autrui doit être immédiatement présent à moi et son existence doit être aussi sûre que la mienne. Il occupe une première place.
Dans la dernière partie nous avons fait une réflexion particulière. Nous avons abordé une critique historique. D’une part une approche négative. Nous avons critiqué un peu la vie de Sartre. Et d’autre part une approche positive sur laquelle nous avons donné avantage à l’auteur. Ensuite nous avons parlé de la liberté d’autrui en prenant comme base l’analyse de Sartre.
Après tout cela, il est intéressant de dire que l’analyse de Sartre sur la notion d’autrui est un peu longue. On voit bien que Sartre veut communiquer ou expliquer la présence d’autrui. Il veut que nous ayons toujours conscience de cette existence d’autrui. On le respecte, on l’écoute, on le corrige s’il le faut et on le laisse libre. Autrui existe. Son existence est indéniable. Qui pourrait dire le contraire ?

BIBLIOGRAPHIE :
– Jean Paul Sartre, l’être et le néant, Essai d’ontologie phénoménologique, édition Gallimard 1943, renouvelé en 1970
– R. Campbell, Expliquez-moi l’existentialisme, collection philosophie, Foucher 128 rue de Rivoli – Paris.
– Larousse, Dictionnaire de Français, Maury – Euro livres à Menchecourt, Avril 2003
– Emmanuel Levinas, Ethique et infini, Fayard, France 1982
– I. M. BOCHENSKY, La philosophie contemporaine en Europe, petite bibliothèque Payot, Paris Saint Germain 1962
– Didier Julien, Dictionnaire de la philosophie, référence Larousse 17 Rue du Montparnasse, Paris 1984.
– Philosophes et philosophies, Tome 2 Nathan, Paris 1992
– Martin Heidegger, Introduction à la métaphysique, Paris, Gallimard 1958.

TABLE DES MATIERS :
INTRODUCTION ——————————————————————————-1
Biographie de Jean Paul Sartre ——————————————————————2
AUTRUI selon la conception Sartrienne —————————————————2
Les deux régions d’être de Jean Paul Sartre —————————————————2
L’être en-soi —————————————————————————————- 2
L’être pour-soi ————————————————————————————- 3
L’en-soi pour-soi ———————————————————————————-4
Autrui ———————————————————————————————– 4
Le problème —————————————————————————————- 5
Le danger du Solipsisme ————————————————————————- 5
Le réaliste —————————————————————————————— 6
L’idéaliste —————————————————————————————— 6
Husserl, Hegel, Heidegger ———————————————————————– 7
Le regard —————————————————————————————— 10
Manifestation et valeur de l’autre ———————————————————–11
Manifestation d’autrui —————————————————————————11
Le rapport du pour- soi avec l’autrui ———————————————————–11
Le rapport de moi-même avec autrui ———————————————————-12
Mon être pour autrui —————————————————————————- 12
Valeur d’autrui ———————————————————————————– 13
La place de l’autrui ——————————————————————————-13
La nécessité d’autrui —————————————————————————–14
Réflexion personnelle ————————————————————————–15
Approche historique —————————————————————————–15
Approche négative ——————————————————————————-16
Approche positive ——————————————————————————-16
La liberté de l’autre ——————————————————————————17
CONCLUSION ——————————————————————————– 20
Bibliographie ———————————————————————————— 21
Table des matières —————————————————————————— 22

LA NOTION D’AUTRUI DANS L’ETRE ET LE NEANT DE JEAN PAUL SARTRE
————————————————

PROBLEMATIQUE :
Qu’est ce qu’on peut dire sur la notion d’autrui ?
Comment peut-on parler de l’autrui ?

• INTRODUCTION
Biographie de Jean Paul Sartre

• CORPS DU DEVOIR
I- AUTRUI selon la conception Sartrienne
A- Les deux régions d’être de Jean Paul Sartre
1- L’être en-soi
2- L’être pour-soi
3- L’en-soi pour-soi
B- Autrui
1- Le problème
2- Le danger du Solipsisme
3- Husserl, Hegel, Heidegger
4- Le regard
II- Manifestation et valeur de l’autre
A- Manifestation d’autrui
1- Le rapport du pour- soi avec l’autrui
2- Le rapport de moi-même avec autrui
3- Mon être pour autrui
B- Valeur d’autrui
1- La place de l’autrui
2- La nécessité d’autrui

III- Réflexion personnelle
– Approche historique
– La liberté de l’autre
. Approche positive
. Approche négative

• CONCLUSION

10 réflexions sur “UN PEU DE PHILOSOPHIE ! LA NOTION D’AUTRUI DANS L’ETRE ET LE NEANT DE JEAN PAUL SARTRE

  1. Salut. Comment êtes-vous vous?

    L’interesant ton blog. Interesant egalement est pouvoir constater qui même aujourd’hui notre conception de le sujet ne peux librer de la notion hegeliaine/kantiaine. Dabord avec l’imperatif categorique, la dialetique de sujet de Hegel, l’unité des infinites differences dont le negatif dans cette difference est l’autre et aussi le Sujet de la psychanalyse de Lacan et son « Autre radicale », qu’il est sorti à cette nottion que est aussi en Sartre.Toute la conscience est responsabilité du individu, l’aparaît de chaque mot au moment et à condition particulier à cette sujet à qui se conduit l’inconscience d’autre. Chaque persone ainsi est seulle à sa condiction de Sujet à ce moment, mais ce mot se duplique à possibilité dialetique de la proposition que se decouvre l’autre comme une conscience – une dialetique de reconossance que se decouvre autre fois dans la vie humaine qui ne peux pas prescinder à ce joue speculair – c’est nouveaument la propos de Kant/Hegel en Lacan et Sartre aussi.

    Excuse-moi per mon français imperfait, je suis brésilien, et si mon discours a sujet de la phillosophie il y a l’apparance mauvais c’est pouevre c’est au cause de mon entendment de la langue qu’il ne sufi.

    Merci beaucoup. Au revoir

  2. Bonjour toi ! Bonne année à tous ! que cette année nous porte des bonheur de la paix de joie et de prospérité. Tu es une fille ou un garçon ? par ton nom je voit que tu es un garçon mais vous les Brésiliens n’ont pas tellement de différences sur ce point. Moi comme je le suis et comme vous le voyez déjà sur mon blog je suis un garçon. J’habite à Fianarantsoa Madagascar. Je suis encore un étudiant ou à vrai dire stagiaire de la Filière Communication et Journalisme à L’Essva (Ecole Supérieure Spécialisée du Vakinankaratra) Antsirabe. En tant que stagiaire j’habite seul! J’ai déjà fait trois années d’études Universitaire sur la philosophie. Et après, je souhaite approfondir ma connaissance en matière de journaliste car je voudrais être un professionnel. Je termine mes études cette année et je commence à chercher des couloirs pour les prochaines années à venir. Bon il faut que je te laisse. Parle moi un peu de toi si tu veux. N’hésitez pas à me demander des renseignements, ce serais pour moi un plaisir! Voici mon adresse e-mail : francois.gaetan@yahoo.fr OK ! Bye !

  3. Bonjour je suis burundais en afrique de l’est et je suis élève finaliste du cycle supérieur en section lettres modernes .je suis Tom more et je suis un garçon âgé de 21ANS je veux correspodre avec vous car je desire étudier la psychologie à l’université l’année prochaine adieu que les chances te sont adressées par le manitout

    bye bye

  4. Yl n’y a pas de quoi mon Frre. L’article n’est pas bien approfondie, mais c’est toi de le faire avec ta recherche. Bonne continuation et plus. Bye !

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